Kinshasa : la nouvelle vie de Magloire, orphelin trop mal-aimé

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Magloire, enfants des rues de Kinshasa L’année 2010 commence dans le grand froid chez nous ! A Kinshasa, « Moì eza makasi » (« Le soleil est très fort ! ») m’a dit une amie au téléphone il y a quelques jours ! Alors pensons à eux, ça nous réchauffera peut-être !
L’histoire que je vais vous conter aujourd’hui devrait d’ailleurs vous transmettre un peu de chaleur ! Elle a commencé dans la froideur d’un rejet, mais elle est aujourd’hui pleine de soleil et reflète le patient travail de longue haleine du centre Ndako Ya Biso !
Cette histoire, c’est celle de Magloire… Quand j’ai rencontré ce jeune garçon, il avait 14 ans. Quelque chose de précieux s’est tout de suite construit entre nous deux, une relation simple, pleine de complicité et de rires ! Il m’apprenait avec patience des mots dans sa langue et baragouinait le français en disant que, un jour, il partirait en Europe. C’était son grand rêve : quitter ses souffrances et trouver en France la vie idéale qu’il s’était imaginé. Les pensées paradisiaques sur notre pays ne manquent pas là bas. Elles sont complètement faussées par les images de bonheur liées à la richesse matérielle qui sont véhiculées par les médias en général, et malheureusement aussi par les chanteurs du pays. Magloire, plein de ce rêve, ne voulait pas regarder sa réalité en face. A chaque « blanc(he) » qui venait, il disait avec de grands yeux : « Nakende na yo !» (« Je pars avec toi !»). Nous avions beau lui expliquer que ça ne pouvait pas se passer comme ça, qu’il fallait qu’il change de vie et qu'il se reprenne en main, il n’arrivait pas à se décider…
Magloire, enfants des rues de Kinshasa Son histoire, je l’ai entendue de sa bouche quelques jours avant mon départ.
Magloire avait 8 ans quand ses parents sont décédés à quelques jours d’intervalle, de maladies étranges. Ses oncles et tantes qui vivaient à côté d’eux ne l’ont pas explicitement chassé, mais depuis ce jour, ils l’ont traité de sorcier. Pointé du doigt comme responsable de la mort de ses propres parents, Magloire est parti : « C’est trop dur de vivre avec des gens qui ne nous aiment pas » m’a-t-il dit… et qui pourrait le juger ? Il m’a raconté sa première nuit, petit garçon, errant dans le noir en attendant le jour... Il a d’abord été recueilli dans un foyer de jeunes garçons, mais pour des causes financières, le foyer a dû fermer et Magloire s’est de nouveau retrouvé dans la rue. Il avait 10 ans. De petit garçon qu’il était, il est devenu jeune adolescent, se construisant dans les « valeurs » de la rue, au fil de ses rencontres, des petits boulots, des vols et des bagarres. Il n’a pas appris qu’il était digne d’être aimé et qu’il pouvait simplement être lui-même. Il n’a pas entendu quelqu’un lui dire « je t’aime », pendant tant d’années… Il s’est soumis aux règles de la rue et est devenu expert en « carapace » : il n’ouvrait sa douceur d’enfant que lorsqu’il était en pleine confiance.

Magloire, enfants des rues de KinshasaA première vue, on pouvait plutôt le décrire comme impulsif et dominateur (à droite sur la photo), même si sa joie communicative touchait tout le monde. Les éducateurs m’avaient expliqué que son oncle restait prêt à l’accueillir, mais que Magloire refusait. Comment concevoir, pour ce jeune adolescent, de quitter ce qui faisait sa vie depuis plus de 4 ans ! Ses amis, ses « petites amies », la cigarette ou le chanvre, et cette facilité de décider soi–même du lever, du coucher etc. Magloire avait acquis une place au sein du « groupe » du Rond Point Ngaba, un respect des plus petits qu’il frappait violemment et sans vergogne, et une vie de débauche qui exige une force immense pour s’en extirper ! Plusieurs fois, il m'a raccompagnée sur le chemin du retour et je le regardais partir en me disant qu’il ne dormirait pas sous un toit et qu’il ne serait pas en sécurité, « encore ce soir »…

Magloire, enfants des rues de Kinshasa Quelques jours avant mon départ, nous avons pris un temps tous les deux, et nous avons discuté pendant longtemps. J’avais du mal à mettre fin à nos discussions, à quitter son regard qui se perdait quand il parlait de ses parents : « Ils ne peuvent plus voir ce que je deviens » me disait-il dans un souffle, les yeux baissés. Je n’avais jamais pensé qu’il pouvait être si dur pour un jeune de la rue de n’avoir personne qui les regarde grandir… Ce soir là, il est de nouveau parti dormir sur un bout de carton, et le jour suivant, il avait disparu. Je ne l’ai pas revu.

C’est quelques mois plus tard que j’ai appris, par un éducateur du centre, qu’après une discussion avec le responsable du centre, Magloire avait enfin décidé de retourner chez son oncle. Des années de souffrances, des années de combats pour qu’il puisse prendre conscience que sa vie doit changer… et cette décision, ce déclic, qui prouve que rien n’est jamais perdu ! Il m’a écrit, par la suite, pour me dire qu’il était à l’école et qu’il ne m’oubliait pas. Son prénom résonne aujourd’hui comme une belle illustration du travail de Ndako Ya Biso, qui redonne aux enfants une place unique, leur rappelle que leur vie est précieuse, et les accompagne dans leurs décisions de vie !

Magloire, enfants des rues de Kinshasa Pour finir, j’ai eu la chance de retourner à Kinshasa cet été, pour quelques semaines, et ma plus grande joie a été de le revoir ! C’est un Magloire bien habillé qui m’a accueilli, le regard droit, et le sourire tellement plus authentique d’un jeune homme qui a choisit de construire sa vie sur du roc ! Merci à vous qui lui avez offert la possibilité de cet avenir, la chance de changer de vie, et de pouvoir être fier de lui !

Fanny
Février 2010

Si vous voulez nous aider, vous pouvez parrainer les enfants des rues de Kinshasa.

Commentaires

1. Le 5 mai 2010, 11:30 par Joce

Très bel article qui donne de l'espoir, et qui a un regard autre sur ces enfants malmenés dans la vie. Merci
Très bonne journée.
Joce

2. Le 30 septembre 2010, 14:28 par SYLVIE JACQUIN

Merci Fanny pour cette belle histoire, je suis toujours très touchée bien sûr en lisant les récits de ces enfants et admirative du travail, de la disponibilité et de l'enthousiasme des bénévoles devant l'ampleur du projet et de sa réalisation, je suis adhérente de l'association depuis quelques années déjà et je parraine les enfants du rond point ngaba, à l'époque je m'étais renseignée dans l'eventualité de pouvoir être utile sur place à kinshasa mais on m'avait répondu que la politique de l'association n'était pas de faire venir les bénévoles mais plus de former les gens du pays, dans un souci de pérennité je suppose. Est-ce toujours le cas aujourd'hui ? Merci de me tenir informée sur d'éventuelles possibilités; et merci pour tous ces témoignages